Défense européenne
 

POUR UNE FRANCE & UNE UNION RESPONSABLES, CRÉATIVES, DYNAMIQUES, ÉQUITABLES, SOLIDAIRES

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23 mai 2022
La présentation de mon dernier essai publié en novembre 2021 AGIR OU SUBIR ? , est dans l'onglet ESSAIS.
Mais, certains thèmes abordés étant très directement validés par les répercussions de l'attaque de l'Ukraine par la Russie, cette page présente trois chapitres du livre, et quelques commentaires en lien avec ce conflit.
Il est rare que des mises en garde et des préconisations soient aussi rapidement dans l'actualité et appliquées... grâce au courage et à la maîtrise du Président de l'Ukraine et à l'engagement de son peuple, qui forcent l'admiration du monde libre, et mettent Monsieur Poutine et la Russie en grande difficulté.
Ce que le Président Macron n'a pas réussi à obtenir de l'Union des 27 en plus de quatre ans, Volodymyr Zelensky et Vladimir Poutine l'ont obtenu en moins de quatre jours !
La Pandémie avait fait faire un grand pas à notre Union. Cette guerre ignoble d'un autre temps lui a fait faire un pas de géant !
Et conforte ce qui est développé dans cet Essai.
Certes, nous allons en payer le prix pendant plusieurs années, en espérant que le feu nucléaire ne soit pas déclenché par le despote russe, totalement irresponsable et criminel. C'est, enfin, la prise de conscience par nos partenaires qu'il est indispensable que notre Union soit, aussi, une grande puissance militaire et cesse de s'en remettre aux Américains pour sa défense !
Quels auraient été le sort de l'Ukraine et celui de l'Occident si Donald Trump avait été le Président des États-Unis ?

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DÉFENSE EUROPÉENNE

RÉFLEXIONS PRÉLIMINAIRES

La création d’une armée européenne est évoquée depuis des décennies. En vain.
Beaucoup de pays de l’Union n’en veulent pas, parce qu’aller au combat implique des morts et des blessés, ce que leurs opinions publiques refusent. Ils préfèrent jouer les adolescents attardés et s’en remettre à la protection américaine, alors même que les États-Unis se sentent de moins en moins concernés par la défense, à la charge de leurs contribuables, d’une puissance rivale, bien qu’amie depuis toujours. Et ceci vaut pour tous leurs Présidents de l’Après-Guerre Froide. À juste titre.
    Est-il concevable, pour une Union de plus de soixante ans, que :
  1. La deux ou troisième puissance économique du monde s’en remette à la première pour assurer sa défense en cas de conflit ?
  2. L’organisation de sa défense soit soumise aux pressions, aux diktats, de son protecteur et qu’il nous demande d’augmenter nos budgets militaires pour nous équiper avec ses matériels ?
Jusqu’à quand allons-nous nous déprécier avec cette tutelle américaine qui n’est plus pertinente, ni évidente !
Face à l’URSS autrefois, à la Chine aujourd’hui, la Toute-Puissance était, est, indispensable. Elle est au contraire contreproductive dans les conflits asymétriques que nous avons à traiter.
    Depuis les années 1960, la puissance militaire a deux rôles :
  1. Elle détermine la hiérarchie internationale des pays ;
  2. Elle est au service de son pays, pour sa défense et pour intervenir à l’extérieur, dans le cadre d’alliances ou pour des causes humanitaires.
Le premier point est parfaitement illustré par la comparaison de la place de la Russie sur l’échiquier mondial avec son classement selon son PIB qui, en 2018, la situait au onzième rang, après les États-Unis, la Chine, le Japon, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la France, l’Inde, l’Italie, le Brésil, le Canada ! Son positionnement sur le podium mondial tient d’évidence à sa puissance militaire qui, qu’on le veuille ou pas, donne beaucoup de pouvoirs à son Président, quel qu’il soit, et qui peut se permettre d’en abuser, d’agresser un pays voisin, d’annexer un territoire, d’abattre un avion de ligne, de protéger un odieux despote… en toute impunité et sans déclencher une guerre !
Et sans réaction de l’OTAN et de notre protecteur !
Le second point concerne le rôle militaire des armées. Depuis l’avènement du nucléaire, les pays qui possèdent cette arme ne peuvent plus s’attaquer frontalement car leurs pays seraient très gravement détruits, et pour longtemps. Ainsi, nos arsenaux nucléaires, avec leurs vecteurs, notamment les sous-marins positionnés dans les mers à proximité des ennemis potentiels, sont nos assurances vie et, à ce titre, doivent être maintenus au meilleur niveau… pour ne pas avoir à vivre sous la menace des autres puissances nucléaires, qui sont déjà nombreuses !

Quant à nos armées conventionnelles, elles sont impliquées surtout dans des conflits idéologiques, religieux ou politiques, sur des terrains et dans des environnements qui ne sont pas les leurs et pour lesquels elles n’ont pas été formées. D’où les fiascos systématiques de toutes nos armées occidentales, de l’Indochine pour les Français, du Viêt-Nam pour les Américains, au Moyen-Orient pour nous tous !
Les conquêtes du XIXe siècle ne sont plus possibles de nos jours, tout comme vouloir imposer la démocratie à l’occidentale. Le Président américain vient d’en prendre conscience, c’est une bonne chose. Je l’avais indiqué dans mon Essai de 2007 : Imposer la Démocratie ou le Capitalisme ? , reproduit en annexe d' Agir ou Subir ? . Un examen de conscience radical doit être fait en urgence par les pays occidentaux, notamment en ce qui concerne la formation et la nature des interventions de nos militaires.
Ils devraient être amenés de plus en plus à assurer la protection d’organisations humanitaires qui aideraient les populations à sortir de leur misère par de la formation et du soutien au développement ; à les protéger du terrorisme, des conflits politiques ou religieux, des régimes failli et minés par la corruption. En Afghanistan, c’est elle qui a offert la victoire sans combats aux Talibans !
    Pour conclure ces réflexions :
  1. Les capacités militaires sont indispensables… pour ne pas avoir à s’en servir, et particulièrement la composante nucléaire. C’est le vieux dicton : Si tu veux la paix, prépare la guerre ;
  2. Dans la zone Afrique Moyen-Orient qui concerne l’Union, les seules armes qui vaillent sont l’éducation et la formation qui permettront de développer les pays pour les sortir de leur misère… mais sans leur donner d’argent qui alimenterait la corruption.
Je voudrais aussi évoquer la forte résistance de l’Allemagne à une défense européenne et son attachement au parapluie américain. Pour des raisons évoquées dans la Postface d'Agir ou Subir ?, j’ai côtoyé ces dernières années des Allemands. J’ai été impressionné par ce qu’ils m’ont dit sur l’ampleur des traumatismes chez des enfants d’ex-membres du parti Nazi. Allant de la rupture avec leur famille, à l’expatriation (en France, en Suisse…), au suicide… Cette génération est encore au pouvoir, mais la suivante arrive et le départ Américain en Asie, devraient conduire à faire évoluer l’opinion publique allemande.

Note
Bien après la chute de l’URSS, les Américains ont déployé des missiles et des boucliers antimissiles dans les pays de l’est de l’Union (Pologne, Roumanie…), clairement dirigés contre la Russie, à une période où des relations apaisées entre elle et nous étaient sans doute possibles, voire souhaitées des deux côtés. À la suite de ces implantations, s’en sont suivies des relations difficiles, et même très hostiles de la Russie qui s’est tournée vers la Chine.
Je pense que nous, Européens, sommes mieux placés que nos amis Américains pour gérer nos relations avec la Russie, surtout si son Président sait que la puissance militaire américaine est derrière nous.


ORGANISATION DE LA DÉFENSE EUROPÉENNE

    La défense de l’Union peut être envisagée de trois façons :
  • Une Armée européenne ;
  • Vingt-sept armées coordonnées par l’Union ;
  • Le statu quo.

  • La réponse me paraît évidente :
  • Une vraie armée européenne impliquerait d’être un État Fédéral. Le serons-nous un jour ? C’est à espérer, mais très peu probable à court/moyen terme ;
  • Le statu quo est une situation irresponsable qui nous maintient dans une position de quémandeur sous tutelle, et fait de l’Union une puissance secondaire, désarmée, et sans pouvoirs réels face aux vraies puissances, ce qu’apprécie beaucoup la Russie, notamment.
  • Reste l’option 2, après l’avoir repensée.
Les interventions militaires impliquent que les décisions soient prises très rapidement et restent secrètes jusqu’au dernier moment.
Ceci est possible en France, mais ne le serait pas s’il fallait l’accord des vingt-sept, accords généralement soumis aux Parlements.
Et peut-on croire à la pertinence d’une armée, sans un Chef d’État-Major, équipée de matériels disparates et composée de vingt-sept nationalités, parlant presque autant de langues, soumises à autant d’États et de parlements, qui, pour des raisons historiques ou géographiques, ont leurs propres sensibilités à l’égard des zones de conflits et, souvent, sont peu enclins à l’idée d’y combattre ?
Pour être efficiente, une armée doit être équipée en matériels performants, compatibles entre eux, et aguerrie par des opérations militaires récurrentes. Les guerres ne s’apprennent pas dans des manuels d’histoire, ni dans des casernes, mais sur le terrain au cœur de conflits. Aussi, faudrait-il concentrer l’essentiel des moyens et des efforts sur les armées des quelques pays prêts à s’engager là où ce sera nécessaire, pour la sécurité de l’Europe, dans le cadre de nos alliances, ou pour des causes humanitaires.
La France a longtemps été la seule à combattre sur plusieurs fronts, par obligation pour sa sécurité et pour celle de l’Union. Malheureusement, ses moyens financiers sont limités, outre le fait qu’il n’y a aucune raison pour qu’elle prenne en charge seule, tant sur le plan humain que financier, la protection collective.
    Les vingt-sept armées devraient se répartir en trois catégories :
  1. Les Armées Combattantes des pays qui interviennent ou seraient prêts à intervenir pour combattre, en distinguant celles qui conduiraient les interventions (niveau 1) et celles qui serviraient de forces d’appoint (niveau 2) ;
  2. Les Armées Logistiques qui assureraient des transports, des travaux, des maintenances, des formations, etc. ;
  3. Les Armées de Réserve qui ne participeraient pas aux opérations extérieures de l’Union, sauf exceptions.
La Commission subventionnerait les Armées Combattantes et Logistiques, et prendrait en charge tout ou partie des interventions extérieures. Pour cela, chaque pays lui verserait une contribution de 1 à 2 % de son PIB (taux à fixer) au titre de la sécurité de l’Union.
Avec ce budget, elle cofinancerait aussi les recherches et développements dans les domaines liés à la sécurité de l’Union : militaire, spatial, cyberdéfense, renseignement.
Ceci impliquerait qu’il y ait un Commissaire européen à la Sécurité, avec un rôle de coordonnateur et d’animateur, qui serait en liaison étroite avec ses homologues des pays de l’Union et avec la Nouvelle OTAN .
Par ailleurs, les Armées intervenantes devraient se spécialiser sur des types d’interventions et des zones géographiques pour qu’elles soient complémentaires entre elles, performantes dans leurs spécialisations et qu’elles s’imprègnent des contextes locaux.
    Il est plus que temps que nous prenions en main notre destin. Nous avons au moins deux bonnes raisons pour cela :
  1. L’évolution de la politique des États-Unis, son désintérêt pour l’Europe et les dérives démocratures des Républicains sous les pressions de Donald Trump et de son clan ;
  2. Une géopolitique qui a radicalement changé.
Rester alliés, mais ne plus compter sur eux pour notre sécurité, hors un conflit de grande ampleur, avec la Russie ou la Chine.
Les États-Unis veulent que nous augmentions nos budgets militaires, ce qui s’impose en raison des responsabilités qui doivent être les nôtres, outre le contexte. À nous donc de développer une industrie militaire au meilleur niveau, avec nos propres composants. Là aussi, ce sera plus facile à quelques-uns qu’à vingt-sept. Et ces quelques-uns, comme les autres, devront s’équiper pour l’essentiel en matériels européens compatibles. Il est par ailleurs important de mentionner que les recherches et développements pour le militaire et le spatial sont à l’origine de nombreux progrès technologiques, à condition d’y consacrer les moyens nécessaires !
Il est urgent d’arrêter le grand n’importe quoi actuel où chacun développe ses propres armes ou achète celles des Américains, ce qui est un gâchis économique, une source de corruptions, une aberration si l’on veut que nos armées puissent combattre ensemble et développer nos exportations d’armements pour cofinancer notre propre défense et lui permettre d’être au meilleur niveau.

Cette organisation implique, pour l’essentiel, la coordination de l’existant dans un esprit communautaire !
Le défilé du 14 juillet 2019 à Paris a montré combien il était nécessaire de repenser les conflits, devenus asymétriques ; de faire appel aux toutes dernières technologies et d’imaginer les suivantes avant les autres. D’où l’absolue nécessité de développer les Études et Recherches dans tous les domaines de pointe et de garder en Europe nos talents et nos start-up.
Ceci implique d’y consacrer des budgets conséquents, avec un suivi adapté, c’est-à-dire sans les contraintes administratives habituelles, nationales et européennes, car les temps courts sont un facteur essentiel dans ces domaines qui deviennent rapidement à la portée de tous, ou presque.
Une coopération étroite avec le Royaume-Uni en matière de sécurité est indispensable et l’accord bilatéral de Lancaster House, signé en 2010 avec la France, devrait être renforcé et élargi… quand le Premier ministre Britannique deviendra un partenaire fiable.

Se pose aussi la question du nucléaire, indispensable dans un monde où de plus en plus de pays de moindre importance en disposent, ou en disposeront. La France est maintenant la seule de l’Union à détenir cette arme, dissuasive par excellence, à condition de ne pas dire d’entrée de jeu que nous ne l’utiliserons pas, comme l’avait fait une fois François Mitterrand.
Dans l’organisation actuelle, les forces nucléaires doivent rester sous maîtrise française. Quand l’Europe aura construit sa propre défense comme évoqué, la question pourra alors avoir une réponse plus communautaire. Mais, dès à présent, la Commission devrait cofinancer le nucléaire.

Autre sujet qui divise les pays européens : les ventes d’armes.
Quand la Commission participera au financement des recherches et développements de nos armes, elle devra définir des règles et les faire respecter. Mais là aussi, la naïveté, un pacifisme inconséquent ou les tartuferies n’ont pas leur place, car les armes non vendues par nous le sont par d’autres… ou par l’intermédiaire d’un pays tiers.
Le Général Vincent Desportes, dans La dernière bataille de France , Gallimard 2015, fait une analyse pertinente sur les composantes de la défense et sur les bénéfices qui en résulteraient pour nos économies, grâce aux exportations, de mieux nous équiper en matériels européens modernes et performants.
Dans le domaine militaire, on ne peut exporter que les matériels qui équipent ses propres armées. Ainsi, en valorisant ses savoir-faire, on se crédibilise, on crée des emplois, on améliore ses finances, on retrouve son autonomie si fondamentale dans ce nouveau monde où les alliances, les accords, les engagements ne sont plus respectés, même entre alliés !
L’Union est potentiellement une Grande Puissance et doit se comporter comme telle.
C’est vital pour notre avenir, pour notre sécurité, pour notre indépendance, et ça doit concerner tous les domaines : militaires, industriels, services, recherche, numérique, santé, environnement, etc.


En conclusion, l’Union européenne ne peut plus se comporter en grande Suisse, et se laisser mépriser et humilier sans réagir par les Nouveaux Pouvoirs , par les Démocratures, par le premier despote venu !
L’Union n’a pas vocation à être le paillasson du monde !
Elle ne doit plus laisser passer les exactions sans réagir avec fermeté, nos sanctions n’étant souvent que des marques de faiblesse qui les encouragent à continuer… et à monter la barre ! D’autant que certaines de nos sanctions, agricoles notamment, conduisent la Russie à se renforcer dans les domaines concernés, ce qui nous fait perdre un marché et fait naître un nouveau concurrent.
Quand le despote du Bélarus a détourné l’avion de Ryanair dimanche 23 mai 2021 pour arrêter un opposant, la France, principale force militaire de l’Union, aurait dû intervenir, en liaison avec l’Union et l’OTAN, et en prévenant les États-Unis et le Royaume-Uni. Pour ce faire, l’OTAN aurait dû être mise en alerte maximale et le Président Macron aurait dû se rendre tout de suite à Minsk avec son avion officiel pour récupérer l’opposant, en prévenant la Russie et le Bélarus au dernier moment. M. Poutine aurait très bien compris, puisque ce fut sa façon de faire pour annexer la Crimée, notamment… sans même nous prévenir !

Quand on voit les agissements de nos voisins de l’Est, au mépris de toutes les conventions internationales, il est urgent que l’Union et l’OTAN définissent des procédures musclées pour apporter des réponses adaptées très rapidement à leurs forfaitures. Il est très dangereux pour nous tous de les laisser faire sans réagir… ou avec de vagues sanctions sans effets réels. La fermeture de notre robinet de Nord Stream 2 pendant plusieurs mois serait certainement un avertissement plus convaincant.

Un État Balte sera-t-il une prochaine victime ?
Les États-Unis n’ont pas levé le petit doigt pour la Crimée, le Donbass, la Géorgie… Réagiraient-ils pour un État Balte ?
C’est de moins en moins probable.

Le parapluie américain, cher à de nombreux pays européens, est devenu un leurre, une ombrelle.
Ils doivent se réveiller d’urgence et s’assumer. Ils ont la chance d’avoir au sein de l’Union une puissance nucléaire importante et indépendante, équipée de sous-marins nucléaires, et des forces conventionnelles conséquentes. Aussi, les interventions Américaines, Britanniques, Canadiennes ne devraient-elles être envisagées qu’en ultimes recours, à notre demande.

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OTAN

YALTA : 4 au 11 février 1945. L’Union Soviétique et les États-Unis, les deux seules grandes puissances, se partagent l’hémisphère nord en présence du Royaume-Uni, seul survivant européen.
OTAN : 4 avril 1949. Le Traité de l’Atlantique Nord est signé pour se prémunir d’attaques de l’Union Soviétique.
2021 : La Chine devient l’autre Grande Puissance. L’Union Soviétique, qui a implosé entre-temps, est devenue la Russie, une puissance moyenne avec une grande capacité militaire. Et l’Europe, reconstruite, est devenue une grande puissance économique.
Dans ce contexte, l’OTAN a-t-elle encore une raison d’être en l’état ?

À la suite de la Conférence de Yalta, l’Europe fut partagée en deux blocs : l’Europe de l’Ouest sous l’égide – la domination – des États-Unis, l’Europe de l’Est sous la férule de l’Union Soviétique. Avec le recul, vu de l’Occident qui a bénéficié du Plan Marshall et de la protection militaire américaine, ce partage n’avait pas que des inconvénients et a garanti une paix armée. Sans doute, ceux qui ont vécu du côté soviétique ont une opinion différente, mais c’est le passé.
Quant aux autres pays, ils se sont répartis entre Neutres, Sympathisants d’un bloc, et Opportunistes.

Le moment de tourner la page de ce passé est venu. Il faut repenser toutes nos organisations et ne pas hésiter à dissoudre les anciennes pour en créer de nouvelles, en évitant les pièges dans lesquels nous nous sommes mis par imprévoyance et candeur. Dans un monde qui évolue profondément et rapidement, il est impératif que nos organisations puissent aussi évoluer.
    Au moins cinq raisons justifient de repenser l’OTAN :
  1. Après son effondrement économique et son implosion, l’Union Soviétique, devenue la Russie, n’a plus ni les moyens ni l’intérêt de nous attaquer de front. Ses menaces sont d’un tout autre niveau : beaucoup moins élevées, mais beaucoup plus pernicieuses comme l’ont montré son annexion de la Crimée, ses interventions en Ukraine (Donbass), en Géorgie, ses menaces sur les Pays Baltes, ses cyberattaques sur tous les pays occidentaux…
  2. Les pays européens, anéantis à la sortie de la Guerre, maintenant reconstruits et regroupés au sein de l’Union, forment une grande puissance économique qui doit se doter d’une puissance militaire en rapport avec son rang, ne serait-ce que pour se protéger.
  3. La zone stratégique des États-Unis a cessé d’être l’Europe. Leur priorité absolue est maintenant le bassin Indo-Pacifique en raison de la rivalité avec la Chine en passe de rattraper, voire de dépasser à terme, la puissance des États-Unis.
    L’Union Européenne est impliquée au titre de la protection des voies maritimes, et par la France avec ses territoires d’outre-mer qui représentent 9 millions de km² de zone économique exclusive et 1,6 million d’habitants. Pour cette raison, elle participe à la surveillance de la zone et à des manœuvres militaires avec les Américains et des pays de la région.
  4. Un des membres de l’OTAN, la Turquie, n’est pas fiable, joue les francs-tireurs, a des comportements très inamicaux avec la France, notamment, et flirte avec la Russie, mais l’Organisation ne dispose pas d’une clause lui permettant d’exclure un membre.
  5. Les dérives antidémocratiques des Républicains américains sous les pressions du clan Trump , sa potentielle présidence en 2025, et le comportement étonnamment cavalier de son successeur.
La dissolution de l’OTAN permettrait aux pays participants de reprendre leurs hommes, leurs matériels, leur liberté et les bases situées sur leur territoire. Les moyens ainsi libérés serviraient à organiser la Défense européenne, comme indiqué précédemment.
Puis, avec des pays amis de sa zone d’influence, l’Union européenne ferait une nouvelle alliance… sans oublier les clauses d’exclusion.
Il n’y aurait plus une organisation militaire, totalement bâtarde et ne couvrant qu’une partie du monde, créée pour faire face à un ennemi très puissant qui n’existe plus vraiment, mais deux organisations de démocraties amies, liées par des accords.
L’une serait européenne, avec une participation américaine, notamment. Elle couvrirait l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique, l’ODEMA : Organisation de Défense Europe – Méditerranée – Afrique .
Elle pourrait être composée de membres permanents, européens, et de membres associés, américains, africains…
L’autre serait américaine, avec une participation européenne (française). Elle couvrirait le reste du monde et surtout l’Asie, zone dans laquelle elle pourrait renforcer sa présence avec les moyens dégagés d’Europe. Elle regrouperait les démocraties de sa zone, Australie, Japon, Corée, etc.
J’ai la faiblesse de penser que ces deux alliances jumelles, qui auraient des liens de solidarité entre elles, seraient infiniment plus rationnelles, efficaces et pertinentes que l’actuelle organisation pour tenir tête à la Chine et à ses alliés, Chine qui a une revanche à prendre sur l’histoire et qui ne cache pas sa volonté d’étendre sa domination bien au-delà de ses territoires d’influence naturelle.
    Les quatre raisons principales qui conduisent à préconiser cette nouvelle organisation sont :
  1. Mettre les pays de l’Union devant leurs responsabilités : une Grande Union, libre, puissante, indépendante, qui s’assume !
  2. Remplacer une organisation anachronique, inadaptée à une géostratégie américaine qui a quitté l’Europe pour la Chine.
    Si l’OTAN n’existait pas, ce n’est certainement pas l’organisation que les Américains créeraient aujourd’hui et en l’installant en Europe !
  3. Le départ des Américains d’Afghanistan.
    Après vingt années de présence et plus de mille milliards de dollars dépensés, ce départ confirme qu’ils ne sont pas faits pour ce type d’intervention et qu’il est urgent que notre Union prenne le relais… après une analyse très approfondie des raisons des échecs et une complète redéfinition de nos modes d’interventions.
    Les missions dans la zone Afrique-Moyen-Orient doivent être appréhendées avec un esprit d’assistance et pas du tout pour installer des démocraties à l’Occidental.
  4. Les configurations militaires des deux zones et les façons de les appréhender sont radicalement différentes.
    D’où la nécessité d’avoir deux organisations bien distinctes, l’une sous l’égide de l’Union et l’autre sous celle des États-Unis.
    En effet :
     - Pour contenir la volonté expansionniste de la Chine et protéger la Corée du Sud, le Japon, Taïwan… les États-Unis doivent déployer une Puissance Militaire de très haut niveau sur la zone pacifique… et se préparer à des coups fourrés à la russe .
     - À l’inverse, notre zone relève plus du soft power , du sixième sens . Les armes y sont évidemment nécessaires pour lutter contre le terrorisme, le banditisme, et assurer la protection des missions d’assistance éducative et de développement, définies au chapitre Migrations.
    Dans cette zone, nous serons confrontés le plus souvent à des États faibles ou faillis, des autorités dévoyées par la corruption, et rarement à de vraies armées organisées et puissantes.
  5. En raison des différences de nature entre les deux zones et des capacités militaires entre l’Union et les États-Unis, notre solidarité se limiterait à un soutien relatif, essentiellement la flotte nucléaire française. En revanche, les États-Unis représenteraient pour nous une réassurance en cas d’une attaque d’une Grande Puissance militaire.
    Ainsi, chacun serait une voie de recours pour l’autre.

    Il existe aussi des cas où la vieille diplomatie de la carotte et du bâton peut jouer un rôle, surtout s’il y a en arrière-plan des négociations d’importantes aides en perspective et des forces militaires pour garantir l’application des accords.
    Pendant l’écriture de cet essai, tel un volcan en sommeil, le conflit Palestinien s’est brutalement réveillé, une irruption brève mais violente. L’Union et les États-Unis, auraient dû intervenir pour essayer de parvenir à une solution pérenne.
    Il se trouve que j’avais évoqué ce conflit dans mon premier essai, en 2007 : Conflit Palestinien et lutte contre le terrorisme . J’ai mis ce texte en annexe, avec un petit commentaire actualisé.
    Toutes les tentatives précédentes pour y mettre fin ayant échoué, il faut croire que la méthode employée n’était pas la bonne – car les négociateurs des deux camps avaient trouvé un accord – mais Yasser Arafat et Ehoud Barak ne pouvaient pas le signer, car ils auraient signé leur arrêt de mort politique, mais surtout physique. Confère le sort réservé à Yitzhak Rabin par un ultra-Israélien !
    Une méthode totalement différente pour y parvenir est décrite en détail dans l’exposé en annexe. Comme nous ne sommes plus à un échec près… pourrions-nous nous y intéresser et tenter de la mettre en œuvre ?

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    RUSSIE AGRESSIVE !

    Longtemps, j’ai pensé que la Russie était européenne, que nous pouvions coopérer et vivre en bonne intelligence avec elle, notamment parce que c’était un intérêt partagé, et que nous avions des siècles de vie commune, certes parfois mouvementée, mais ni plus ni moins qu’avec les autres pays européens.

    Avec un Président russe qui aurait été un tant soit peu soucieux d’améliorer le sort de son peuple, c’était la meilleure solution pour la Russie comme pour tous les pays d’Europe, membres de l’Union ou pas.
    Hélas, le Tsar Poutine et l’Empereur Xi Jinping s’allient contre l’Occident, ayant en commun la détestation de la Démocratie, pour eux-mêmes et pour les autres, l’ambition de refonder leur ancien Grand Empire, et de dominer le Monde à la place des Occidentaux, quels qu’en soient les coûts humains, économiques et politiques pour leurs peuples. Tant que ces deux autocrates seront au pouvoir, tout espoir d’entente sur des bases saines sera vain. Même la coopération de la Russie avec l’Occident dans le domaine spatial doit prendre fin, celle-ci s’alliant à la Chine.

    À nous d’en tirer les conséquences. La première concerne Nord Stream 2 qui va rendre l’Allemagne encore plus dépendante de la Russie pour ses approvisionnements en gaz naturel. C’est, en soi, une énorme erreur géopolitique et un terrible danger en raison de l’évolution du comportement de la Russie.
    De son côté, vendre son gaz à l’Europe est une nécessité pour soutenir son économie.
    L’Allemagne ne peut pas envisager une telle dépendance : le robinet doit être en Allemagne et non en Russie ! Pour cela, elle doit avoir plusieurs autres sources d’approvisionnement afin d’être en mesure de se passer du gaz russe.

    L’Allemagne ne peut pas sacrifier l’Union et ses partenaires au prétexte que le gaz russe lui est indispensable, que la Chine lui achète des voitures et des équipements industriels… Mais, pour combien de temps encore ? Ces dépendances sont des bombes à retardement, qui concernent l’Allemagne et l’ensemble de l’Union.
    J’ai la triste et inquiétante impression que, sous prétexte de commerce, nous rejouions Munich 1938 avec ces partenaires très inamicaux. Combien seront graves les conséquences si nous ne changeons pas d’attitude avec ces Démocratures ! D’autant qu’une nouvelle guerre froide vient d’être déclarée avec violence par la Chine, à laquelle s’unit la Russie. Mais, là aussi, combien de temps va durer cette alliance ? Car, hormis les richesses de son sous-sol et son secteur militaire et spatial, la Russie pèsera de moins en moins face à la Chine, qui en fera son vassal, une colonie à sa botte…
    Alors, le Tsar , perdant de sa superbe, ou son successeur, sera peut-être tenté de reprendre des relations moins inamicales avec nous. Qui sait ? … Comme le Royaume-Uni avec les États-Unis ?

    Note : En 1993-1995, je fus responsable d’un projet de transfert industriel en Russie. À cette période, elle était en pleine transition, passant d’un communisme pur et dur en totale déconfiture, à un capitalisme très libéral, que nous lui avions imposé, mais sans prévoir les institutions nécessaires à son fonctionnement.
    Ce fut une expérience très intéressante que j’ai relatée dans un chapitre de mon premier essai paru en 2007. Comme il y a des leçons importantes à en tirer dans le cadre de nos interventions dans des pays tiers pour lutter contre le terrorisme, et d’un éventuel Plan Afrique tel que défini dans le chapitre Migrations, je l’ai reproduit en annexe : Peut-on imposer la Démocratie ou le Capitalisme ? .
    J’y explique, notamment, pourquoi le Nation building des Américains n’est plus possible depuis au moins un siècle. Tous nos fiascos militaires depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, tout particulièrement ceux de la toute-puissante Amérique, et les décolonisations forcées sont autant de preuves que les armes ne permettent plus de vaincre les idéologies, d’installer des régimes authentiquement démocratiques et qui ne soient pas totalement corrompus !

    Commentaire

    Je pense que ce texte est clair et vient, hélas, d'être confirmé bien au-delà de ce que nous pouvions imaginer.
    Les Démocraties ont un principe premier en cas de conflit : épargner le plus possible les vies de ses ressortissants et, autant que possible, celles des civils ennemis !
    C'est notre chance mais aussi notre faiblesse !
    À l’inverse, pour les Dictatures et pour toutes les formes de pouvoirs absolus, les vies humaines sont hors sujet, même celles de leurs propres ressortissants. C'est évidemment leur force dans les affrontements !

    Pour revenir à la Russie de Poutine, son vrai ennemi est moins l'OTAN, organisation défensive, que le voisinage de nations libres et prospères qui ont un très réel pouvoir d'attraction pour leurs voisins de l'Est dont la situation est nettement moins enviable.
    Si le pouvoir russe ne s'appropriait pas l'essentiel de la richesse du pays et permettait à son peuple de sortir de son extrême pauvreté, s'il lui offrait liberté, démocratie et une vraie justice, l'OTAN et l'Union Européenne perdraient de leur attractivité !

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    BILLET D'HUMEUR

    Emmanuel Macron semblait avoir les qualités requises pour réussir à transformer notre pays, à le remettre sur la voie de la croissance, du plein-emploi, du désendettement, de la confiance en lui, encore fallait-il que les réformes entreprises soient pertinentes et que les oppositions - irresponsables - ne les bloquent pas au grand préjudice de la France et des Français.

    Quant aux partis traditionnels, ils semblent toujours imperméables au message des Français et continuent à pratiquer une opposition stérile et stupide qu'une majorité de citoyens ne supporte plus. Tout comme certains journalistes et certains experts.

    L'échec relatif du premier quinquennat d'Emmanuel Macron est dû au comportement de son premier gouvernement qui a déclenché la révolte des Gilets Jaunes , puis une tentative d'imposer une réforme des retraites inepte qui a immanquablement déclenché, comme il se doit en France, une multitude de manifestations jusqu'à son retrait.
    Puis une pandémie hors normes qui a neutralisé plus de deux années de son quinquennat et qui a beaucoup augmenté notre endettement !
    Aura-t-il une seconde chance ?
    Sur la base des sondages, sa réélection était probable avant l'attaque de l'Ukraine par la Russie.
    Depuis, elle est très probable et - infiniment souhaitable - car trois de ses quatre poursuivants étaient des thuriféraires de Vladimir Poutine. Quant à la quatrième, elle était au minimum une sympathisante et son parti l'était très nettement !

    Par Ailleurs, Emmanuel Macron s'est battu pendant plus de quatre ans - sans réels résultats - pour la transformation de l'Union Européenne... transformation qui s'est amorcée en quatre jours... grâce au comportement du Président de l'Ukraine d'une part, et à celui du Président de la Russie d'autre part !
    Parmi tous nos candidats, qui pourraient mieux que lui accompagner cette mue de notre Union et de celle du monde ?

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